— Vous me payeriez pour habiter là-dedans, répondis-je, que je prendrais la fuite. Comme c’est laid, mon Dieu, comme c’est laid !… Du reste, je ne regarde pas au prix ; montrez-moi autre chose.
Alors nous visitâmes un appartement à dix-huit mille francs. Mais, avant d’entrer, je fis une station pour considérer avec hésitation la rampe de l’escalier. Elle figurait des pilastres de bois, Louis XIV, naturellement. Le plafond se découpait en caissons, plutôt Renaissance.
— Et c’est du bois ? questionnai-je avec sévérité.
— C’est du bois… dit le concierge. Dame, c’est manière bois. On fait ça avec du staff, maintenant. Monsieur ne voudrait pas qu’on lui donne du bois ! Ça ne se fait plus !
— C’est idiot ! affirmai-je avec assurance. Et naturellement, ce cuir de Cordoue, c’est du linoléum ?
— Une « imitation » de linoléum, corrigea le concierge, blessé. Et c’est riche !
— Ça serait riche si c’était du cuir de Cordoue, lui dis-je, avec indulgence. Moi, je veux du cuir de Cordoue qui vienne de Cordoue, et du bois qui vienne des bois, ou bien autre chose qui ne mente pas, une chose qui soit ce qu’elle est, avec sincérité… Mais entrons !
Et nous passâmes en revue les amours et les nymphes du salon, en plâtre, les moulures rocaille de la galerie, les stucs de la galerie et de la salle à manger, les papiers de tenture qui avaient l’air d’étoffes, et les appliques pour l’électricité qui étaient faites sur les plus fastueux modèles d’appliques du temps où l’on n’avait que des chandelles pour s’éclairer. Quant aux glaces, inutiles de dire que c’était du Louis XIV « riche », bien imité avec des matériaux pauvres.
— Cet appartement est très bien ! prononçai-je.
Le concierge eut un mouvement de satisfaction.