Et il nous montre comment il faut placer ses doigts sur la table, sans que les mains se touchent et, sans appuyer. Bon ! On attend un petit moment : rien ne se passe. Muller observe :

— Je vous dis que la table est trop lourde. Et puis, c’est des blagues.

Et je le vois qui essaie de pousser, pour rire. Mais la table était trop lourde, en effet, et Tassart l’attrape comme du poisson pourri :

— Si tu essaies de pousser, je te fais faire la marche à pied, cette nuit, à côté de ton chameau, ton barda sur la tête. C’est sérieux !

Et alors, subitement, nous nous sentîmes très émus, sans savoir de quoi. Nous attendions… La table craqua.

— Avez-vous entendu ? interrogea Tassart à voix basse.

Nous avions entendu, et nous fîmes « oui » de la tête.

Muller serrait les lèvres, peut-être pour ne pas claquer des dents : ce qu’avait dit le père d’Ardigeant l’impressionnait. Moi, pour me donner une contenance, je posai une question :

— Mon adjudant, si des fois la table veut causer, à qui voulez-vous causer ?

Tassart ricana :