Il descendit l’escalier, et nous le vîmes entrer dans sa tente, puis en ressortir avec son bréviaire. Il s’éloigna dans le bled. Nous distinguâmes assez longtemps sa longue silhouette mince, à cause de la lune. Il avait pourtant l’air d’avoir un remords, il hésitait, il revint sur ses pas, il cria :

— Ne faites pas ça ! Je vous assure que c’est dangereux ! Ne faites pas ça !

Tassart répondit en rigolant :

— Revenez donc, M. le curé ! Nous vous donnerons des nouvelles des âmes du Purgatoire !

Alors, puisqu’on se fichait de lui, il repartit et disparut derrière une dune.


Vous les connaissez, les clairs de lune du Sahara ! C’est extraordinaire… extraordinaire, magique, quoi ! Ça doit être à cause de la sécheresse de l’air : la lumière est d’une blancheur bleue, pas douce, méchante même, plus forte que celle des globes électriques autour des Halles, à Paris. Et tout devient blanc, d’un blanc bleu invraisemblable, dans le paysage : blanc comme de la neige, bleu comme de la glace. On ne se croirait plus au Sahara, mais au pôle, au milieu des ice-bergs ; c’est affolant, ça fait battre le cœur, quand on n’a pas l’habitude : cette nuit-là, sans doute à cause de ce qu’on allait faire, ça nous fit battre le cœur, malgré qu’on eût l’habitude.

On avait desservi la table. Elle aussi, quoiqu’il n’y eût pas de nappe, était toute blanche sous la lune. Nous avions repris nos places. Je dis à Tassart :

— Je suis tout seul de mon côté, maintenant que le père est parti. Ça ne marchera jamais.

— Ne t’inquiète pas de ça, commanda-t-il, et fais comme je fais. »