« Voilà pourquoi je ne veux pas retourner en Écosse, chéri, conclut Annette Mac Fergus. Non, pour tout l’or du monde ! Si vous l’exigiez, je crois — ah ! Dieu me pardonne, cela est horrible à dire ! — que je vous laisserais partir seul… »
LA CONFIDENCE DU TOMMY
C’était à Hazebrouck que se trouvait, en ce temps-là, le clink, c’est-à-dire la prison militaire de la 12me division anglaise. Comme, un matin, je passais par là, dans l’intention d’aller recueillir, au quartier général, les nouvelles qu’on y voudrait bien me dispenser, la porte de la prison s’ouvrit et je vis sortir six tommies sans armes — pénitentiaires qui venaient de tirer leur peine évidemment : ils portaient sur leur visage l’air heureux et toutefois un peu confus des enfants qui viennent de terminer un petit séjour au cabinet noir.
Mais ces six tommies se divisèrent immédiatement en deux groupes entre lesquels n’existait apparemment aucune sympathie. Il y en eut deux qui prirent à droite, sur quoi les quatre autres, dont un caporal, d’un commun accord prirent à gauche. Et ils ne se serrèrent point la main, ils ne se dirent point « au revoir », il n’y eut aucune de ces effusions auxquelles des simples, quand ils ont partagé un sort commun, se sentent naturellement enclins. Cela me surprit d’autant plus que leurs pattes d’épaules révélaient, de la façon la plus évidente, qu’ils appartenaient au même régiment.
Comprenant qu’il y avait là un mystère et désireux de l’éclaircir, je suivis le groupe de gauche, celui qui se composait de deux tommies seulement.
Je les abordai au moment où ils fouillaient dans leur poche, sans conviction, aux abords d’un estaminet. A sa sortie de prison, le militaire, en général, n’est pas riche, et, d’autre part, quand la justice des hommes — et des supérieurs — nous a forcés de ne connaître pendant un certain temps, que le goût de l’aqua simplex, il est légitime d’éprouver le désir assez violent de boire un verre de bière.
— Don’t say you won’t stand me one ? leur dis-je, entrant le premier dans l’estaminet : « Vous ne voulez pas dire que vous me refuseriez d’accepter une tournée ? »
Sur quoi, s’étant consultés rapidement du regard, ils agréèrent mon invitation. Le moos du breuvage amer et blond descendit d’un trait dans leur gorge sans qu’ils eussent prononcé un mot, sauf le « Good luck » rituel qui remplace, dans leur langue, notre traditionnel : « A votre santé ! »
J’offris une seconde tournée, mais le plus âgé secoua la tête :