« Il s’est tourné vers nous, et il a commandé :
« — Arrêtez-moi ces quatre bourriques, et conduisez-les au clink de ma part. »
« Mais nous, on a répondu :
« — Nous ne pouvons pas, sir, c’est nous les prisonniers.
« — Vous dites ? qu’il a suffoqué.
« — C’est nous les hommes saouls, sir ! »
« Il ne comprenait plus rien du tout. Mais, quand il eut compris, il nous a tous fait mettre au clink… Voilà, monsieur ! »
L’ESPION
Il pleuvait. Atrocement, intarissablement, il pleuvait. Il pleuvait des chiens et des chats, comme disaient dans leur langue, mes camarades de l’armée anglaise ; et ils ajoutaient, comme blessés dans leur amour-propre national, qu’ils n’avaient jamais vu pleuvoir comme ça, même dans leur pays. Le fait est que les relevés des météorologistes le prouvent : nulle part, dans les coins les plus arrosés de l’humide Angleterre, il ne tombe autant d’eau, il ne pleut plus implacablement, plus régulièrement, avec plus d’abondance, d’obstination, de méchanceté, que dans cette partie des Flandres françaises que nos alliés défendaient, depuis trois ans et demi, contre l’armée allemande ; et jamais, par surcroît, depuis dix ans, on n’avait vu pleuvoir, dans cette ville de Hazebrouck, comme en cette pluvieuse fin d’octobre.
— Il faut pourtant que je finisse par faire au moins un croquis ! m’avait dit ce matin-là le dessinateur Mervil, qui enrageait de n’avoir pu mettre le nez dehors depuis huit jours.