— Les rassemblements sont interdits !
Il n’y avait qu’à obtempérer. Nous rentrâmes dans l’estaminet. Mais tout de suite Mervil, qui avait son idée, proposa :
— Si nous déjeunions dans la boîte ?
J’eusse préféré déjeuner au mess, avec les amis.
— Pourquoi faire ? demandai-je.
— Le piquet d’exécution sera bien forcé de repasser par ici : et le sergent ne sera peut-être pas au-dessus d’une nouvelle tournée de genièvre brûlé. Ça combat l’humidité… C’est pour toi, ce que j’en fais, ingrat ! Car ce n’est pas ça qui me donnera un croquis.
Il avait raison, je le remerciai de la bienveillance qu’il mettait à s’occuper des intérêts de mon journal.
— A charge de revanche ! fit-il.
Après quoi nous commandâmes une omelette au jambon, et quand l’omelette ne fut plus qu’une chose du passé, nous prîmes le café en faisant un écarté, avec des cartes d’estaminet, c’est-à-dire horriblement grasses ; mais à la guerre on apprend à ne pas se montrer trop difficile.
Quelques heures plus tard le piquet repassait comme nous l’avions prévu. Les hommes étaient couverts de boue, mouillés comme des éponges, harassés. J’ouvris la porte et je fis au sergent ce signe d’invitation généreuse auquel aucun soldat, dans aucune armée, mais peut-être plus particulièrement dans l’armée anglaise, n’a jamais pu se méprendre. Il entra avec ses hommes, mais dit en souriant :