— Perdre ma pêche ? interrogea Touloumès.
— Eh oui, dit le gendarme, il faut que je la confisque. Bon Dieu de bon Dieu, que c’est embêtant !
Touloumès doutait qu’il eût, dans l’espèce, le droit de confiscation. Mais il ne protesta point, espérant que l’abandon de ses prises finirait d’amollir le cœur de ce gendarme si poli.
— Vous ne confisquez pas mes instruments de pêche, du moins ? fit-il avec un sourire et pour faire bonne mine.
— Non, monsieur, non, dit le gendarme. On n’est pas des Turcs. Emportez tout ça, allez !
Touloumès, étouffant mal un soupir, commença de ramasser ses boulettes d’appât et la caisse où il avait mis ses grosses boules d’amorçage.
— On voit que vous savez pêcher ! dit le gendarme, flatteur. Qu’est-ce que c’est que ces boules-là ?
— C’est le mélange Florent, un mélange antique, mais le meilleur, déclara Touloumès avec un peu de vanité : du croton cascarilla, de l’argile, de l’écorce d’encens, de la myrrhe, de la farine d’orge détrempée dans du vin, du foie de porc, de l’ail et du sable fin. C’est merveilleux. Et ça ne sent pas mauvais, c’est délicat.
— Et ça amuse le poisson, ça le grise, fit le gendarme.
— C’est idiot, de dire que ça le grise, protesta Touloumès, c’est absolument idiot !