— Bien sûr, bien sûr ! concéda le gendarme toujours bénévole. Allons, au revoir, monsieur, et tous mes regrets.

— Gendarme, interrogea timidement Touloumès, est-ce que ça suivra son cours ?

— Ne vous inquiétez pas, dit le gendarme, c’est des petits malheurs. Vous avez votre conscience pour vous, n’est-ce pas ?

Touloumès avait sa conscience pour lui. Et ce gendarme avait été si poli qu’en rentrant chez lui il ne songeait plus guère qu’à la perte de sa pêche et de sa gibecière. Ce fut donc avec une profonde stupeur qu’il reçut, quelques jours plus tard, une assignation à comparaître devant le tribunal correctionnel de Blanduze, « pour contravention aux ordonnances et décrets sur la police de la pêche, délit de pêche, injures à un agent de la force publique et tentative de corruption d’un fonctionnaire ».

— Ah ! le cochon ! gémit Touloumès en pensant au gendarme.

Toutefois, il espéra encore, au fond de l’âme, qu’il n’y avait là qu’une erreur. Sa bonne foi ne pourrait manquer d’éclater au grand jour de l’audience, et l’on saurait bien comment les choses s’étaient passées. Mais on n’avait pas idée de mettre autant de mensonges dans une citation. Celle-ci avait été mal rédigée, on n’avait pas compris le procès-verbal, sûrement !

L’attitude du gendarme, qu’il rencontra faisant les cent pas, en grand uniforme, sur la place du Palais, le confirma dans cette opinion. La candeur, l’indulgence, la bonne volonté étaient peintes sur les traits de ce modeste serviteur de l’État.

— Quelle surprise ! dit-il, allant tout droit à Touloumès. Hein ? Ça a donc suivi son cours ! Je ne l’aurais jamais cru. Faut-il qu’ils soient rosses, au Parquet ! Mais j’arrangerai ça, allez, j’arrangerai ça ; je témoignerai en votre faveur.

L’espérance rentra dans l’âme du pêcheur inquiet. Et quand on appela sa cause, il attendit, avec confiance, les explications du gendarme.

Le gendarme prit, en effet, la parole avec aménité.