Mais Tiennou, dégoûté tout de même, était revenu à l’Espélunque : il aimait mieux décidément porter les bagages des voyageurs qui arrivent de Gers par le chemin de fer.

VI
LE BALLON

… Ce jour-là, quand le Monarque rentra chez lui, les étoiles brillaient très fort dans l’air sombre et sec : il était plus de dix heures du soir, long temps de veille dans ce bourg de l’Espélunque, où l’on soupe d’habitude dès le soleil couché ou à peu près. Madame Emma était demeurée debout pour l’attendre, car il n’est guère convenable qu’une épouse se mette au lit avant son époux. Elle dit, avec une soumission qui enveloppait un léger reproche :

— Comme tu reviens tard !

Le Monarque prit un air grave et presque sublime, mais garda le silence. Ce n’était point qu’il n’eût envie de parler, mais il jugeait que ses paroles auraient plus de majesté s’il prenait d’abord un temps : dans le Midi, on a conservé le sens très subtil des effets d’éloquence. Suspendre quelques instants l’expression de sa pensée n’est pas l’un des moins sûrs.

— Tu viens du cercle ? interrogea madame Emma.

Le Monarque ne répondit encore que par un geste, sans ouvrir la bouche : mais il mit, dans cette simple inclination de tête, une magnifique expression de tristesse. Il avait plié le cou comme un gladiateur qui avoue sa défaite, avec une indestructible fierté. Il se le devait à lui-même, ayant dit depuis longtemps : « Je suis un demi-Romain. C’est le sang qui veut ça. En Provence, nous sommes tous des demi-Romains. »

— Oui, fit-il, je viens du cercle : Les Jésuites triomphent !

Et il tendit les mains avec une infinie noblesse.