— Est-ce que tu ne vois pas quelque chose, là-bas ? interrogea-t-il ardemment, désignant du doigt l’horizon du nord.
— Ce que je vois, dit Muraton, je vois… je vois leur repaire !
C’était l’orphelinat de l’abbé Restif qu’il entendait qualifier. Le vieux couvent, sur la colline aux pentes abruptes, avait l’air d’un château fort. Sa mine rude aidait en vérité l’esprit à s’imaginer qu’il s’y passe des choses, et la croix du clocher, dorée à neuf, s’enlevait victorieusement, luisant d’un éclat net, tel celui d’une foudre figée.
— Mais au-dessus, péchère, au-dessus, près de ce nuage, dans le ciel ?
— Je ne distingue rien, dit Muraton.
— Je vois comme un point, fit Touloumès, le chasseur.
— Un point ! Toi qui as de bons yeux, regarde mieux, ami, regarde !
— C’est un ballon ! déclara Touloumès.
Durant quelques minutes, dans l’espèce de langueur délicieuse qu’on éprouve à fixer les choses qui voguent dans le ciel, tous contemplèrent le ballon. Il grandissait à vue d’œil. On distingua bientôt sa forme oblongue, puis un petit drapeau tricolore accroché à un hauban, et qui s’agitait parfois, tenu par une invisible main. Quand il passait sous l’ombre d’un nuage il baissait légèrement vers la terre, et dès que le soleil l’éclairait de nouveau il remontait, plus éclatant, d’un jaune d’or, tout pareil à ces bouchons de liège qui flottent au bout de la ligne des pêcheurs.
— Et maintenant, cria tout à coup Touloumès, qu’est-ce que c’est que ce ballon ?