Les gamins de l’Espélunque se tenaient maintenant à bonne distance. Un grand silence plana. Le Monarque ne s’étonna de rien. Le fait qu’ayant marché exactement le nombre de pas qui le devaient mener chez lui, dans sa maison, il était de nouveau devant le café Muraton lui parut seulement un phénomène favorable : il avait la langue très sèche.
— Je prendrais bien, dit-il, un vin blanc eau de seltz.
Ses désirs étaient des ordres. On le servit sans discuter. Une fois assis, l’univers reprit pour lui son équilibre, et l’eau de seltz lui fit du bien. Il leva son verre du côté du soleil couchant, comme pour un salut, cracha pour s’éclaircir la voix et donna de toute sa poitrine :
Le vrai sage le fronde
Un peu, un peu.
Mais le fou s’en amuse
Bien fort, bien fort,
Et jamais il n’accuse
Le sort, le sort !
Alors, un long frémissement d’admiration agita l’Espélunque, et même les gamins furent émus : le Monarque, même quand il était saoul, chantait juste !