— Tu vas aller les trouver, ces Parisiens, tu leur diras… tu leur diras ce que tu voudras, que je suis malade, que c’est remis à une autre fois, à l’année prochaine !
A ce moment même les sabots de toute une cavalerie retentirent sur la route. Un galop impétueux, triomphal, insolent, lointain d’abord, et puis plus près, et puis devant la porte. Halte ! Et plus rien que les ongles ferrés de bêtes impatientes qui frappaient le caillou. Racamond entra.
— Monarque, dit-il, presque respectueusement, je t’amène Pie Douze… Pas la peine que tu viennes jusque chez moi pour le monter, il faut épargner tes forces, Monarque !
Et, dans l’air encore pâle du grand matin, les trois fils Racamond parurent derrière leur père : bottés, éperonnés, le chapeau en bataille, un fouet court à la main.
— Nous te ferons un bout de conduite, Monarque, nous t’accompagnerons à cheval pour te faire honneur.
Et le Monarque tomba sur une chaise de paille, au chevet de son lit, effondré. Il n’avait pas pensé à ça, il n’avait pas pensé que tout le pays, maintenant, tout le pays l’attendait, pour le voir passer, pour l’applaudir, pour être là enfin : participer à l’aventure, et parler de l’aventure, et vanter l’aventure !
— Racamond, dit-il avec modestie, c’est ton cheval, ce n’est pas le mien… Je ne veux pas qu’il arrive malheur à ton cheval.
— Il est bon, dit Racamond d’un air convaincu, il est bon, ne crains rien.
Il ajouta même, généreusement :
— Tout ce que je te demande, c’est de ne pas le crever avant l’arrivée… C’est pour le pays, bouffre !