— Que la vie est bonne !… Qu’elle est bonne, quand il n’y a que des hommes !
Mais il n’allait pas plus loin, sans méchanceté, presque sans rancune, sachant qu’il y a aussi des femmes, et que cela est nécessaire. Seulement, il faisait dans son esprit une comparaison entre la pluie et le beau temps, et il préférait le beau temps… On écouta la lecture du budget de la société, faite par le trésorier, on dressa le programme de nouveaux morceaux à répéter, on fit une partie de piquet, puis une autre, en buvant un nouveau bol de genièvre brûlé, et M. Stuyvaërt dit, en étendant les jambes, voluptueusement :
— Ça ne peut pas durer toujours !
— Qu’est-ce qui ne peut pas durer toujours ? demanda Delemer.
M. Stuyvaërt pensait au beau temps. Il était fini, l’heure venait de s’aller coucher. Mais il n’en dit rien, étant très réservé sur les affaires de son ménage. Ce sont des choses qui ne regardent personne. Il répondit seulement :
— Le plaisir de votre compagnie.
Et, saluant, serrant des mains, il alluma une dernière pipe et partit. Les tramways ne marchaient plus, il fit la route à pied, heureux de sentir ses pas solitaires sonner sur les pavés. Il se sentait généreux, bienveillant, amène, malgré tout. Ça l’embêtait de rentrer chez lui, mais rien ne se fait sur commande, ni la gaieté, ni la tristesse ; ça vient quand ça veut, et il était gai. D’ailleurs, Il se souvenait que, le lendemain, il irait à Esquermes, jouer la fantaisie sur les Huguenots. Il serait toute la journée dehors, avec les mêmes amis, avec des hommes, n’est-ce pas ? des hommes ! Ça serait encore un bon jour.
Il fit dans sa demeure une entrée bruyante et dégagée. Mais tout de suite, son cœur se serra un peu. Sa femme criait, du premier étage :
— Napoléion ! Napoléion !
Il interrogea :