Partonneau avait retrouvé son sang-froid. Il s’amusait de tout son cœur en parant les attaques du monsieur cossu qui, je dois bien le reconnaître, n’avait pas davantage été l’agresseur que la France ne le fut plus tard à l’égard de l’Allemagne.
— Monsieur, dit Partonneau un peu haletant, je prendrai l’omnibus, et vous ne l’aurez pas !
Sur quoi, ayant l’air de suivre la consigne militaire en cas d’alerte, qui est de s’esquiver rapidement, il mit ses jambes à son cou, gagna l’omnibus, et s’y assit. Je l’avais suivi. Les voyageurs de l’omnibus riaient comme des enfants, moi aussi.
Mais le monsieur cossu, dans un état d’exaspération concevable, transforma ses bras en un poste de télégraphie optique d’un rayon d’action tel que le conducteur de l’omnibus, tirant sa sonnette, fit arrêter la voiture. Et le monsieur entra !
Ce fut tragique. Le monsieur alla s’asseoir en face de Partonneau. Il était écarlate, il était bleu, il était vert d’indignation, en même temps que le feu de la bataille et de la course lui coupaient le souffle.
— Monsieur, dit-il à Partonneau, ça ne se passera pas comme ça !… Votre carte.
— Ma foi, répondit paisiblement Partonneau, je n’en ai pas !
Ce n’était point, de sa part, un mensonge. Depuis longtemps il avait renoncé à l’usage des cartes de visite, par la raison, expliquait-il, que, dans les pays qu’il habite généralement, personne ne les peut lire.
— Les voilà bien, dit pour tous les voyageurs le monsieur cossu, ces goujats qui donnent des coups de parapluie. Ça n’a seulement pas de carte !… Écrivez-moi votre nom, votre adresse !
Partonneau, avec une prétendue confusion, déclara qu’il n’avait ni papier ni crayon, ni plume. Un voyageur perfide prêta les objets nécessaires.