Toutefois, il y a aussi des salons coloniaux, et même un peu plus nombreux qu’on ne croirait. Ceci n’a rien d’étonnant si l’on songe qu’il se rencontre des coloniaux mariés, dont les femmes ont des prétentions à la mondanité, d’autres — ceux seulement d’Indo-Chine — qui, ayant pris l’habitude de l’opium, n’y sauraient renoncer en France, et que sur la natte dure, autour de la petite lampe et du bambou divin, se réunissent fatalement des gens qui ne s’aiment pas toujours à la folie, mais que la même passion secrète, persécutée, cimente pourtant comme les pierres d’une mosaïque.

Je n’ai pas l’intention de parler non plus de ces fumeries parisiennes, les ayant peu fréquentées. Je respecte l’opium. Je lui ai dû, non pas de grandes joies, — les joies de l’opium font partie de la friperie du bazar romantique, — mais un grand calme, un bon équilibre d’esprit, un salutaire optimisme à des moments où ce n’étaient point des ingrédients vitaux faciles à se procurer. Mais l’expérience m’a prouvé que la drogue est incompatible avec les obligations de la vie occidentale. Celle-ci est trop active, trop pressante, et il y a toujours un tas d’imbéciles — ou de « fonctions » sociales, également détestables — qui vous accaparent à l’heure sacrée : le théâtre et les dîners en ville interdisent l’usage régulier du « bambou » en France ou, du moins, à Paris, beaucoup plus sûrement que les perquisitions de la police.

Mais il y a aussi les salons des fonctionnaires de haut grade, où les autres fonctionnaires de grade inférieur viennent faire leur cour. Il y a les demeures des quelques colons, assez rares encore, qui ont fait fortune, et viennent jouir de cette fortune à Paris. Tel était le cas de M. et madame Bohatier, d’Indo-Chine.

Camille m’avait dit :

— Est-ce que nous y verrons monsieur Partonneau ?

— C’est probable, et aussi madame Vaubelle.

— Ah ! avait fait Camille, sans excès de sympathie.

Cela m’avait amusé, de découvrir un sentiment de jalousie, un sentiment bien féminin, chez ma dryade du Laos.

— Tu n’aimes pas madame Vaubelle ? Elle fait pourtant des frais pour toi. Et elle est jolie !

Camille n’avait pas répondu.