— Tu t’occuperas de ce qui te plaît au Laos. Ici, tu n’es qu’une petite fille. Tâche de te conduire en petite fille convenable, et fiche-moi la paix.

Elle me ficha la paix sans insister, ce qui ne fut pas sans m’étonner un peu. Mais la suite de l’interrogatoire que j’avais dû subir fut à mon sens, ainsi que, je le présume, au jugement de toutes les personnes raisonnables, encore plus inattendue. Camille, au sortir de chez moi, avait couru chez Partonneau, pour lui tenir un discours qui peut se résumer ainsi :

« Puisque vous n’aimez plus madame Vaubelle, c’est moi qu’il faut aimer. Moi, c’est fait ! C’est fait depuis que je vous ai vu… A votre disposition. Nous retournerons là-bas ensemble. Papa ? Il fait tout ce que je lui demande. Et je voudrais bien savoir ce qu’il pourrait trouver à redire à monsieur Partonneau. Vous m’épouserez si vous le préférez. Ça, c’est votre affaire. Pour le reste, ce sera quand vous voudrez. Mais je préférerais que ce soit tout de suite, parce que j’ai un peu peur. »

Je répète d’après Partonneau, et dans tout ce qu’il dit apparaît presque toujours une nuance d’ironie qui vient des étranges raccourcis de sa parole. Il semblait visiblement décontenancé. Il était neuf heures du soir, je finissais de dîner.

— Qu’est-ce que tu lui as répondu ?

— Je l’ai fichue à la porte !

— Comme ça, brutalement ?

— Non… avec des mots gentils… Et je l’ai embrassée. Oui, je l’ai embrassée ! Il n’y avait pas moyen de ne pas l’embrasser, c’est drôle ! Elle se laissait embrasser tant que je voulais, et si j’avais voulu… Puisqu’elle venait pour ça !… Mais je l’ai fichue à la porte.

— Pour toujours ?

Pas de réponse directe :