— Il ne doit y avoir personne ici, que des paysans, lui dis-je.

— Personne, en hiver. En été, il y a le monde des châteaux… Ah ! si, pourtant, il y a le Perdu !

— Le Perdu ?

— C’est comme ça qu’on dit, chez nous, pour les gens qui sont un peu marteau, expliqua l’aubergiste, qui possédait de surplus, par souvenir du régiment et de la guerre, un autre argot que celui des campagnards… Celui-là a fait arranger une vieille ferme, près de la rivière. Il a détourné l’eau pour aménager une espèce d’étang, au milieu de son pré.

— Pour la pêche, la chasse ?

— Non. Il n’a pas empoissonné, il n’a pas de hutte… Pour faire une carte de géographie… C’est un monsieur qui vient on ne sait d’où. Des îles, qu’on dit.

— Une carte de géographie ? Je ne comprends pas.

Il leva les sourcils en signe qu’il ne comprenait pas non plus, qu’il ne pouvait pas expliquer. Une carte, quoi ! comme sur les murs de l’école, mais par terre…

Nous étions seuls dans la salle, notre repas était terminé. Il éteignait les lampes et laissait s’assoupir le poêle de fonte.

— Ceux qui veulent veiller, en hiver, conseilla-t-il, ils vont chez le forgeron. Chez le forgeron, y a toujours du feu. Et le feu fait de la lumière et du chaud.