En regard d’une des formules imprimées qu’on lui communiquait, il écrivit :
« Le chef du cercle de Yen-Minh inflige aux indigènes les amendes qu’ils ont méritées ; leur administre les châtiments qui sont nécessaires pour les maintenir dans la bonne conduite ; condamne à mort ; et, dans les cas plus graves, en réfère à l’autorité supérieure ! »
— Mais c’est idiot ! Si tu condamnes à mort, il ne peut y avoir de cas plus graves !
— Mon cher, fit-il, l’essentiel est de remplir les formules ; on ne lit jamais rien, mais on remarque les blancs !
Un génie si décidément original me remplissait d’admiration. La nuit venue, je l’accompagnai jusque dans sa chambre à coucher. Elle était fort vaste, et les meubles, ce qui me parut presque choquant, si vite on s’accoutume aux choses qui, d’abord, vous semblent incongrues, reposaient à terre, au lieu de planer dans le ciel. Même le lit, un lit immense, carré, de la dimension, à lui tout seul, d’une pièce d’un appartement parisien, était aussi définitivement fixé au sol qu’une cathédrale. Il se caractérisait, de plus, par une particularité assez exceptionnelle : sur l’une de ses parois latérales apparaissait une petite porte, une espèce de trappe.
— Que diable est-ce là ? demandai-je.
— Tu vas voir, me répondit Partonneau : tout ce qu’il y a de plus pratique.
S’étant déshabillé, il s’étendit sur le lit, et, allongeant la main, frappa un petit coup sur le bois de la porte.
— Ti-Haï ! appela-t-il.
La porte s’ouvrit et, du dessous du lit, sortit une jeune Annamite, d’un aspect agréable, qui salua respectueusement son seigneur et maître.