— Comment qu’ tu dis, rev’nu ? fit Plévech.

Il était tout abruti, et il lui semblait que les mots arrivaient de très loin.

— … Rev’nu d’ quoi ?

— Tu n’ sais donc point, dit encore Pouldu. La typhoïde, qu’il a fait. On croyait ben qu’il y passerait. Le médecin a dit, à sa dernière visite : « C’est des pauv’ gens, c’est pas la peine que j’ leur fasse payer des frais : il est perdu. » Alors la mère Le Blant lui a mis le pigeon. Tu sais ?

Plévech savait. Quand les personnes sont à la mort d’une mauvaise fièvre, on ouvre la poitrine à un pigeon vivant et on pose la bête encore frémissante sur la tête de l’agonisant. Ce n’est pas un remède, c’est un charme, plus vieux que la religion des chrétiens, un sacrifice sanglant pour réclamer un miracle.

— … Et alors, il en est rev’nu, ton Michel. On croyait qu’il resterait idiot, ou muet, comme ça arrive. Mais il est rev’nu, sans rien, et si grandi, quand il a marché, qu’on ne le reconnaissait point.

Plévech écoutait, presque sans comprendre, étonné qu’un bien plus grand malheur que celui qui lui avait mangé l’âme eût pu l’accueillir à son retour ; et ça lui paraissait effrayant, presque impossible, que son aîné, Michel Plévech, eût failli mourir. Il n’y a pas de marin qui n’aie l’orgueil de son premier-né, comme un prince.

— Il a été si malade, tu dis, si malade ?

— Oui, mon vieux.

Et Pouldu voulait parler d’autre chose. Mais Plévech répétait :