» La mère fit venir un médecin, qui dit :
» — Il ne devrait pas être impaludé, c’est déraisonnable ! Mais c’est sans doute qu’il aura pris le mal aux basses terres avant de monter ici. Avec de la quinine, on pourra couper ça.
» Alors la mère pensa que ce n’était pas la peine d’inquiéter son mari en lui faisant savoir que le petit était malade, puisqu’il guérirait. Elle fit chercher la quinine par quelqu’un que le pharmacien ne connaissait pas, un noir quelconque. Et lui, le pharmacien, il ne recevait que de bonnes nouvelles, on lui mentait et il continuait à mettre l’argent sur l’argent et à songer : « Comme il sera heureux plus tard, mon fils ! »
» Pendant ce temps, le médecin remontait voir l’enfant tous les jours, et il disait :
» — Ça ne va pas, ça ne va pas ! Et ça devrait aller, pourtant ! Il faut doubler les doses.
» On les doubla. Mais, malgré ça, le petit prenait l’accès presque tous les jours. Vous savez ce que c’est que les enfants qui maigrissent ? Ça serre le cœur ! Moi, que j’aie l’air vieux à quarante ans, de l’état où me met la fièvre, ça vous fait déjà peur, je le vois bien, ne le cachez pas, ce n’est pas la peine ! Mais les gosses, ces pauvres petits morceaux de rien du tout, qui n’ont pas d’os, autant dire ! Quand ils maigrissent, vous croiriez la caricature raccourcie d’un homme de quatre-vingt-dix ans. Ils deviennent laids, et c’est injuste, qu’ils deviennent laids, c’est une punition qu’ils ne méritent pas, ils n’ont rien fait pour ça ! Il vomissait, il avait des convulsions. C’est peut-être parce qu’ils sont très forts ; sans qu’on s’en doute, les enfants, qu’ils ont des convulsions. Toute la vie qu’ils devraient encore vivre remue dans leur petit corps, une vie énorme, qui se débat, qui crie : « On n’a pas le droit de me chasser ! » Le médecin s’aperçut qu’il était temps de prévenir. Il dit :
» — Il faut envoyer chercher le père. Ça vaudra mieux.
» Et il pensait : « S’il se presse, il verra peut-être son fils encore vivant. »
» Le père vint. On ne l’avait pas trop inquiété. Sa femme lui avait écrit seulement : « Bébé est un peu souffrant. Mais ça me rassurera de te voir, et quand tu arriveras il sera sans doute guéri. » Il gagna les hauts assez tranquillement. Le médecin l’attendait et lui dit ce qu’on dit d’habitude : les encouragements à se résigner, le devoir de tenir bon contre sa douleur pour ne pas augmenter celle de la mère. Il répondit :
» — Quoi, qu’est-ce que vous racontez, il n’est pas mort, voyons !