Le municipal tendit sa feuille de service.

— Tentative de suicide, dit-il. On l’a repêché quai de la Mégisserie. C’est l’infirmerie du Dépôt qui le renvoie.

— Bon, dit Barnavaux, j’y suis maintenant. C’est le huitième depuis quinze jours. Drôle, n’est-ce pas, cette épidémie ?

— Qu’est-ce qu’on va en faire ? demandai-je.

— Vingt-quatre heures d’infirmerie, s’il ne pige pas une congestion pulmonaire, et trente jours de prison. C’est le prix. Et ça ne l’empêchera pas de recommencer. C’est toujours les mêmes qui se font périr.

— Des peines de cœur ? demandai-je.

— Des peines de cœur, dit Barnavaux indigné, des peines de cœur !… Non. Ces types-là sont trop sérieux. C’est la faute du gouvernement : ils s’emm…

— Évidemment, c’est une raison pour se suicider, répondis-je. Mais je n’y vois pas la faute du gouvernement.

— Vous croyez ça, vous ! cria Barnavaux. Le gouvernement ne veut plus envoyer les soldats d’infanterie coloniale aux colonies. Il dit que le sang des Français n’est pas fait pour être versé dans des aventures d’outre-mer. C’est la phrase dans les journaux. Mais pourquoi ils se sont engagés, ces types-là, pourquoi je me suis engagé, si ça n’est pas pour voir du pays, pour marcher la route ? C’est pas des gens comme vous, c’est pas des gens comme tout le monde qui viennent au corps, des fois. C’est… c’est comme qui dirait des hommes-affiches.

Il vit que je ne saisissais pas et s’impatienta parce que les mots ne lui venaient pas pour s’expliquer.