»  — C’est pas vrai, non, c’est pas vrai ! J’ veux bien qu’on me fusille, j’ proteste pas ; j’accepte, c’est pesé, c’est vendu. Mais j’ veux pas qu’on dise ça ! J’ veux pas qu’on aille dire ça à… enfin, chez moi, dans mon quartier.

» Je sentais bien que s’il avait osé, il aurait dit : « J’ veux pas qu’on l’ dise à maman ! » Ses parents, c’étaient des bouchers dans le quartier Mouffetard ; mais on a de la pudeur. Et puis, de prononcer certains mots, ça fait perdre le sang-froid, ça n’est pas à faire.

» Alors, Malterre dit tout à coup :

»  — Oui, c’est pas juste. On avait juré de n’ pas parler, mais ça lui fait trop d’ peine, va, Bargouille, parle toi comme tu veux, ça s’ra plus mauvais pour nous, mais ça fait rien, parle toi sur la chose. Hein, dis, Coldru, il peut parler ?

» Coldru était plus mou : il craignait les suites. Mais il dit pourtant :

»  — Si vous êtes tous les deux pour ça, c’est la majorité. Faut y aller.

» Bargouille réfléchit un petit moment et prononça :

»  — J’ peux pas dire ça moi-même, c’est plus embarrassant. J’aime mieux qu’ ça soye toi, Malterre. T’as du courage et plus d’éducation.

»  — Eh bien, expliqua Malterre, voilà comme c’est venu :

» Y avait quinze jours qu’on était dans l’ trou. Un baquet, une cruche, quat’ types, et du pain pour trois un quart. Les premiers jours, tout de même, on a chanté, on a essayé d’ rigoler et on a joué à la bloquette avec les boutons d’uniforme.