— Oui, c’est moi, répéta Plévech.
Et il ajouta, prenant un air d’orgueil pour cacher la honte qu’il éprouvait au fond de son âme simple :
— On a pris du service chez les Yankees. Et puis après ? Si on en avait assez, du Château-Renault !
Barnavaux ne répondit pas. Il avait compris. La marine américaine manque d’hommes, et surtout de bons pointeurs. Alors elle les recrute, comme elle peut, chez les voisins, payant cher la désertion. Il n’est pas bon, pour un croiseur français, attaché à un de nos ports coloniaux, de voir arriver un navire de guerre des États-Unis.
Silencieusement, Pouldu remit sa baïonnette au fourreau, et Barnavaux fit de même.
— La paix est signée, dit-il. Nous n’avons plus qu’à entrer chez Ti-Ka tous ensemble.
Il venait de pénétrer sous une espèce de porche ignominieux, semblable à un large et court corridor fermé à l’une de ses extrémités : espèce de cul-de-sac, sauf, sur la paroi de gauche, une petite porte monstrueusement bardée de fer. Plévech aussi connaissait bien les usages de la maison. Il donna un coup de pied dans cette porte en criant :
— Oh ! Ti-Ka !
Dans le plafond obscur, une trappe qui n’était pas plus grande qu’un guichet s’ouvrit lentement ; et l’on en vit descendre avec douceur, au bout d’une ficelle, une de ces boîtes de fer-blanc qui servent à contenir des gâteaux secs.
— Y en a mettre l’argent-la boîte d’abord, dit l’invisible voix de madame Ti-Ka.