» — Une action en désaveu de paternité ? Essayez un peu ! Vous perdrez… Elle est ici, n’est-ce pas ? On peut lui demander. Donnez-moi un peu son adresse que j’aille la voir !
» Je ne sais pas le geste que fit Bordieux, mais l’homme dit tout à coup, d’une voix crapule, avec de la peur tout de même entre chaque syllabe :
» — Vous n’allez pas m’ tuer ? Ça ne s’rait pas à faire.
» Alors je compris l’idée qui avait traversé la tête du père Bordieux, le geste qui avait épouvanté l’autre un instant, et je les trouvai tout naturels. Je vous jure que s’il m’avait commandé pour monter en armes, comme j’étais, je… je ne sais pas ce que j’aurais fait ! Mais lui, c’était un gouverneur, un homme qui avait des fonctions, des devoirs, un but dans la vie — et puis quoi ! il manquait de courage parce qu’il avait de la vertu. A la fin, je l’entendis qui demandait :
» — Qu’est-ce que vous voulez ? Vous ne voulez pas rester ici, vous ne pouvez pas rester ici.
» — C’ que j’ veux ? dit l’homme. J’ veux des aliments. J’ai droit à une pension alimentaire, c’est la loi, une pension alimentaire honorable.
» — Honorable ! fit le gouverneur.
» — Oui honorable, proportionnée à votre rang, pour que je puisse tenir le mien. C’est la loi, j’ vous répète. Vous le savez bien, voyons !
» Après ça je n’entendis plus rien. Mais ce qu’il y a de sûr, c’est que l’homme reprit le prochain bateau avec ce qu’il voulait : il était saoul-perdu depuis ce jour-là, il fallut le porter.