Ce n’était pas seulement pour l’exactitude qu’il avait redressé Barnavaux. C’était à Plouha qu’il revoyait une maison basse en granit, une vaste place avec une église immense et un ruisseau verdi par la couleur des pierres, qui descend jusqu’à une plage solitaire, en fer à cheval, où des assises de galets, étagées par les vagues, tombe jusqu’à la mer importueuse.
— On lui en enverra du pèze, à la ménagère, continua Plévech. Elle ne manquera de rien, ni les gosses. Mais j’ veux manquer de rien non plus. Moi, j’ veux ma vie. Alors, après ? que j’ répète. Qui c’est ici qui m’ blâme ?
Les autres déserteurs ricanèrent.
— Qui c’est qui nous blâme ? dirent-ils à leur tour.
Pouldu murmura entre ses dents :
— Il f’ra bien d’envoyer sa paye, oui ! La famille a augmenté, là-bas !
— Quoi c’est qu’ tu dis, Pouldu, demanda Plévech en se redressant. J’aime pas qu’on parle sur moi des choses que j’ comprends pas, tu entends !
— Ben, dit Pouldu ironique, on t’attend pas, va, tu peux rester. Elle en a fait un autre, d’éfant, ta femme, avec un qu’on ne connaît pas. Je l’ sais ben, moi, j’ suis d’ Plouha comme toi, et j’ viens d’y tirer mon congé. Y en a un autre, d’éfant, chez toi !
— N… de D… d’ salaud ! cria Plévech.
Et Maô poussa un grand cri. Plévech venait d’envoyer à la tête de Pouldu la bouteille vide, qui resta fichée par le goulot dans la paille de la case, comme un obus dans une muraille. Les sept autres déserteurs s’étaient levés comme un seul homme. On allait donc taper, à la fin ! Mais Plévech déjà ne songeait plus à se battre, il ne voulait que savoir. Tous les hommes sont comme ça, ils veulent savoir ! Barnavaux lui avait pris les deux bras, presque tendrement, et lui serrait les genoux entre les cuisses. Plévech retomba sur la natte.