— Dis qu’ c’est pas vrai, Pouldu. T’as menti, hein ! C’est pour rire ?
Pouldu méprisa le regard de Barnavaux parce qu’il était encore ivre et toujours rancuneux. Il leva la main droite et cracha.
— J’en fais serment ! dit-il.
Alors Plévech fit avec la tête et le cou le mouvement d’un homme qui ne peut plus respirer. Maô voyait son chagrin sans avoir compris toutes ces paroles ; elle glissa par terre et lui embrassa les genoux.
— Qu’est-ce que ça te fait, Plévech, demanda Barnavaux étonné, puisque tu ne veux plus revenir, puisque ça n’est plus ton pays, là-bas, maintenant ? Tu viens de le dire.
Il sentait les muscles du matelot s’amollir, détendus comme ceux d’un homme qui n’est plus en colère, mais seulement bien malade. Plévech murmura :
— Si, c’est mon pays ! J’ vois ben qu’ c’est mon pays, à c’t’ heure, puisque ça m’a fait mal qu’on m’y ait pris ce qui est à moi. Faut que j’ rentre. Vois-tu, faut que j’ m’en r’tourne. Ça peut pas s’ passer comme ça dans ma maison.
Barnavaux passait doucement la main sur la tête de Maô toujours prosternée : mais elle comprenait bien que cette caresse n’était pas pour elle, que c’était un conseil, une requête d’être gentille pour le camarade. Elle se releva pour enlacer Plévech. La fleur de ses cheveux s’écrasa sur le visage du matelot. Il la repoussa.
— Oui… fit-il. J’ voudrais ben, mais j’ peux pas. J’ peux pas m’ consoler comme ça, c’est pas possible. C’est l’autre, là-bas, qu’il m’ faut, d’puis que j’ sais qu’on m’ l’a prise…
Il ajouta gravement, comme stupéfait du mystère qu’il découvrait en lui-même :