— Celle qui est ici, c’est comme si j’ la voyais plus !

Il se leva en se tâtant la poitrine comme un homme étonné d’être encore en vie, et marcha vers l’escalier sombre.

— Où vas-tu, Plévech ? demanda Barnavaux.

— A bord du Château-Renault, dit-il d’une voix de service, toute blanche. Ils m’ mettront aux fers, et j’ passerai l’ conseil. Mais puisqu’il faut que je r’tourne au pays, maintenant !

Les sept autres déserteurs lui emboîtèrent le pas silencieusement.

— Et vous ? interrogea Barnavaux.

Ils n’attendaient pas la question, ayant agi sans réfléchir.

— On va avec lui, finit par dire l’un d’eux : au Château-Renault ! On peut pas l’ laisser : il est dans la peine !


Plévech ne savait pas écrire, et pour faire dire à sa femme, par la plume d’un camarade plus instruit, qu’il savait ce qui s’était passé chez lui, il avait trop l’orgueil. Ce qui le gênait aussi, sans qu’il pût s’en rendre compte, c’est que, depuis le jour qu’il avait appris un si grand malheur, et qui avait changé son âme, les choses, autour de lui, n’avaient pas changé d’aspect. A bord du Château-Renault, son absence ayant duré moins de six jours, il n’avait pas été porté comme déserteur, ni passé le conseil. Il en avait été quitte pour les fers et les corvées des hommes punis.