» Voilà ce que c’était que la correspondance diplomatique de monsieur le consul. Je n’y connais rien, mais elle m’étonnait. Le mois d’octobre fut beau, ce qui parut l’embêter. Sans doute, il trouvait que la chaleur durait trop longtemps. Mais, en novembre, le temps changea, et le vent qui venait de la mer fraîchit beaucoup. Alors, la mine de monsieur le consul devint rose comme celle d’une jeune fille. Un matin, il alla trouver les Kroumen :

»  — Y en a passer la barre, aujourd’hui, dit-il.

» Mais les Kroumen ne voulurent rien savoir pour passer la barre. Monsieur le consul rentra chez lui en se frottant les mains et toute sa journée il demeura sur la varangue à regarder la mer. L’eau était chargée de sable à perte de vue, et le Fafner mettait le nez dans l’eau à chaque minute, comme un canard qui veut pêcher un ver de vase.

»  — Pourvu qu’il reste fidèle à son devoir, nom de Dieu ! dit monsieur le consul. Pourvu qu’il ne fiche pas le camp. C’est ici, sale bateau, c’est ici que la patrie t’a envoyé, ce n’est pas dans la haute mer !

» Le soir, après son dîner, il ne voulut pas dormir. Il sortit, et ramena le vieux Wilson, qui fuma des pipes. Lui, il prit un livre, et se mit à déclamer :

Oh ! combien de marins, combien de capitaines…

» Wilson, qui ne savait que quelques mots de français, écoutait sans rien dire. Il fumait toujours des pipes, mais il buvait aussi du whisky. Moi, j’étais allé me coucher. Vers deux heures du matin, j’entendis un coup de canon, puis un autre, et un autre encore.

Je m’habillai au galop. Monsieur le consul disait :

»  — Ça y est. Je le savais bien ! Le Fafner ne pouvait pas tenir, aussitôt que le raz de marée viendrait sur la barre ! Le Fafner est en perdition. Il va s’en aller par le fond !

»  — Sh’is leeky, dit Wilson.