»  — Oui, mon vieux Wilson, leeky. Ah ! la barre du Rio-Negro, la bonne barre ! J’étais sûr, voyons, j’étais sûr !

» Il s’interrompit et cria :

»  — Ça n’est pas tout ça : il faut y aller !

» Wilson était du même avis. On voyait les feux du navire, et de temps en temps le canon tonnait pour appeler. Les Kroumen ne manifestaient aucun désir de mettre leur barque à l’eau.

»  — Vingt gourdes par homme, dit monsieur le consul : cent francs ! tas de chameaux !

Ils se laissèrent convaincre. Wilson les poussait par les épaules, à coups de poing. Et ils partirent, tous les huit, avec monsieur le consul et le pilote. De quoi laisser sa peau, par une nuit pareille. Comment n’ont-ils pas été noyés ? C’est un miracle ! Une heure et demie plus tard ils revenaient, pourtant ! Ils avaient frappé un filin sur l’aviso, établi un va-et-vient, et tous les hommes du Fafner furent sauvés, y compris le Herr von je-ne-sais-quoi. Monsieur le consul était trempé comme une soupe. Mais il dit avec beaucoup de politesse au commandant du Fafner :

»  — Ma maison vous est ouverte, monsieur.

» Et l’autre, à ce moment-là, a été très chic. Il répondit en excellent français :

»  — Je ne dois rien vous refuser, monsieur !

» Ils prirent encore un bon whisky, avec de l’eau chaude et du sucre, et je fis le lit du commandant allemand.