» L’Anglais avait fait venir une caisse de son propre champagne, mais le père Barbier la refusa, en expliquant qu’il ne devait rien accepter, par crainte d’être accusé de corruption, et qu’on boirait du champagne de France à volonté, à condition que l’Anglais voulût bien justifier de la consommation des bouteilles qui lui étaient fournies en signant sur le registre spécial « des hôtes de passage, étrangers non assimilés, naufragés ». L’Anglais signa et but son content, croyant qu’on lui avait seulement demandé son autographe. Quand il se leva pour partir, il était minuit. Et c’est juste à ce moment-là que le père Barbier cria :
» — Vous croyez que ça va se passer comme ça ? milord, ça ne se passera pas comme ça !
» L’Anglais crut qu’il y avait quelque chose à payer et demanda combien c’était.
» — Rien ! dit le père Barbier. Seulement il s’agit de venger Waterloo !
» L’Anglais ne comprenait plus du tout. Mais le père Barbier, se tournant vers le boy, les quatre miliciens et le clairon, leur dit :
» — Gardes ! qu’on mène cet homme au violon !
» Et l’Anglais fut conduit au violon, conclut Barnavaux. Si c’était lui qui avait fait le coup, il l’aurait trouvé très drôle. Eh bien, il a déclaré qu’on avait outragé en sa personne la puissance britannique. Il a adressé une plainte à son consul, il a fait parler de lui dans les journaux, et le père Barbier a été cassé ; car une fois revenu en France, il pensait, causait, répondait comme tout le monde, il était guéri, et quand il a juré qu’il ne se souvenait plus de rien, personne n’a compris qu’il avait été fou, personne ne l’a cru ! C’est pour ça que je n’ai pas de pitié pour les Anglais quand ils sont saouls. Ils ne nous la rendent pas. C’est un peuple qui n’a pas de charité. »
XIII
PAPA-LE-PETIT-GARÇON
Barnavaux, depuis longtemps, professe devant moi une opinion : il ne croit pas que l’homme descende du singe. Mais, jusqu’ici, quand je lui demandais sur quoi il se fonde pour repousser une hypothèse si chère aux matérialistes, il me répondait seulement :