— Où faut-il le recevoir. Chez moi ? Au café — et alors dans quel café ? Ou bien chez le marchand de vins ?

Car, pour le tact et le sentiment des convenances, il n’y a pas de chef de protocole qui, dans sa petite sphère, puisse égaler Barnavaux. Il sait où les personnes qu’il me présente ne seront pas gênées avec moi, et où je ne serai pas gêné avec elles. A ma grande surprise, il me répondit cette fois :

— Frenchy a de l’argent pour le moment, et il est bien mis. Il m’a même dit qu’il viendrait vous chercher en automobile : une automobile qu’il a prise au mois. Et il voulait vous faire dîner dans un endroit chic, à Montmartre, par exemple. Il ne sort pas de Montmartre. Mais je lui ai expliqué que ce n’était pas possible, à cause de mon uniforme. Alors il nous conduira à la campagne, quelque part, manger une friture.

— Barnavaux, fis-je, vous avez maintenant des amis bien riches !

— Moi ? protesta-t-il, non ! Je ne vous ai pas dit que Frenchy était riche. Je vous ai dit qu’il avait de l’argent pour le moment. Ce n’est pas la même chose.

Je connais Barnavaux depuis si longtemps que je crus pouvoir m’offrir la satisfaction un peu vaniteuse de deviner la profession du personnage qu’il m’allait faire connaître ; un homme qui n’était pas riche, « mais qui avait de l’argent » ; c’était un camarade de la légion, sans aucun doute, Allemand, Anglais, Russe ou Hongrois, de souche noble et de famille puissante, venu s’engager chez nous, au premier ou deuxième étranger, pour des motifs qu’on ne saurait jamais.

— C’est bien ça, hein ? demandai-je, fier de ma pénétration.

— Non ! dit Barnavaux, en haussant les épaules.

— Mais alors, qu’est-ce qu’il fait, votre ami ? Il faut pourtant le savoir !

— Frenchy ? répondit Barnavaux : c’est un chercheur d’or.