— C’est votre enfant, qui est mort ?… Il vous faut une permission ? L’enterrement… Savez-vous quand il aura lieu, l’enterrement ?… Eh bien, quatre jours ? C’est le commandant du fort qui doit signer. Mais partez sans attendre, j’arrangerai ça.

Il ajoute, d’une autre voix :

— Il faut porter ça comme un soldat.

C’est un mot de pitié. Barnavaux le prend bien ainsi, et quelque chose se crispe autour de ses yeux. Mais aussi ça veut dire que le capitaine en a fini avec lui, et qu’il peut rompre. Il salue militairement, et fait demi-tour pour aller se mettre en tenue.

Ses camarades savent déjà, quelques-uns disent : « Mon pauv’ vieux ! » D’autres : « Alors, c’est le petit de Louise, qui est mort ? » Il en est sûrement qui pensent que c’est un débarras pour lui. Mais la plupart n’ont pas d’autre idée que de prendre un air convenable devant un événement qui ne les intéresse pas. Dehors, il souffle un léger vent de sud, qui fait sortir le printemps de partout, et c’est ça qui les occupe, c’est de ça qu’ils sont pleins, sans le savoir : du besoin de goûter la journée. Barnavaux lui-même est tout étonné de cette gaieté des choses dans la lumière et les bourgeons. Elle le gêne et le distrait. Louise, là-bas, ne songe qu’à son petit mort ; ici lui pense surtout à Louise. Il a du chagrin pour elle, mais il songe que c’est bien dommage, un beau jour comme ça. Ce n’est point qu’il n’ait un cœur comme tout le monde. Mais que voulez-vous ? Son corps est actif et sain ; il vit, et il n’aime pas la peine, il reste baigné dans ce qui l’entoure. Et pourtant quelque chose d’irrésistible le traîne là où l’on pleure. Il ne pourrait point n’y pas aller.


Cependant qu’il roule vers Paris, le capitaine Merle va trouver le commandant de Bienne.

— J’ai pris sur moi de laisser partir Barnavaux avec une permission de quatre jours à régulariser, dit-il. C’est pour aller enterrer son enfant.

— Bien, fait le commandant. Vous avez eu raison…

Puis, sa pensée ayant un retour :