— On n’est pas servi ! On n’est pas servi !… Il y a Louise, maintenant !

Il avait découvert la ménagère, la servante, la femme, l’épouse, la tradition des ancêtres, et c’est cela qui lui paraissait tout changer : juste, salutaire, excellent, attendrissant aussi, mais il ne fallait pas le dire. Il développa ses plans, du côté pratique : depuis son rengagement, pas une seule punition. Ça, c’était rare ! On lui rendrait ses galons, il deviendrait sergent, et cette fois il resterait sergent, jusqu’à la fin. Il aurait, pour sa retraite, une bonne petite situation, dans un ministère. Et même maintenant, si je voulais m’en occuper ? J’avais des amis. Si je le faisais accepter comme planton, au ministère des Colonies ? De planton, une fois rentré dans le civil, on peut passer garçon de bureau. Après ça, huissier : ça couronne ! A la rigueur, quand tout serait bien tassé, on pourrait habiter la campagne : Clamart !

— Avec Louise ?

— Mais oui, naturellement, fit-il, d’un air étonné. Avec qui donc ? Regardez-moi : j’ai vingt ans de plus qu’elle. Je ne trouverais plus ça. Elle aura sa petite retraite à son tour, quand…

Et ceci me prouva qu’il considérait Louise comme bien à lui : elle l’intéressait même pour l’instant qu’il ne serait plus ! Donc elle le conduirait à la mairie. Très probablement à l’église, parce que c’est plus beau !

A Palaiseau, je le quittai sur la route du Fort.

— Vous n’oublierez pas ? dit-il gravement.

— Quoi ?

— Pour que je sois mis planton au ministère, pour tout ce qu’il faut, pour le reste : pas de punitions depuis le rengagement, sergent, bon sujet, bonne conduite !

— Bon Dieu, fis-je, Barnavaux, tout ça vous change ! Mais soyez sûr…