Mabru, en effet, regarda l’affiche et, tout de suite :

— Alors, c’est vrai, docteur, vous vous présentez ?

— Oui, fit Margis… Est-ce que ça vous regarde ? Vous êtes mon ennemi politique, je le sais. Nous n’avons rien à nous dire.

— Mais si, mais si ! fit Mabru, qui prit une chaise sans en être prié. J’ai à vous dire justement qu’vous feriez beaucoup mieux d’ pas vous présenter.

— Il n’y a que moi, répondit Margis, qui sois juge de mes propres actes.

— Bien sûr, bien sûr, mais vous avez eu tort, bien tort, d’vous engager dans c’t’affaire. J’vous d’mande de m’croire sur parole, docteur, ça vaudra mieux.

— Allons, dit Margis, cette conversation est inutile. Veuillez la considérer comme terminée.

— J’vous assure, répéta Mabru, j’vous assure qu’vous vous r’tirerez. Mais ça m’fait peine d’vous faire chagrin, et j’aurais bien voulu qu’vous vous mettiez pas c’t’ idée d’candidature dans la tête. J’avais rien contre vous, y a quinze jours, j’ai encore rien. Seulement, vous l’avez dit, on est des ennemis politiques. On doit tout faire pour son candidat, hein ! on doit rien ménager pour qu’il passe ? Eh bien, encore une fois, déchirez c’t’ affiche, et ne m’ demandez pas pourquoi. J’ vous jure qu’ ça vaudra mieux.

— On ne parle pas ce langage à un honnête homme, monsieur Mabru, dit Margis.

— Oh bien, alors, fit le marchand de biens, tant pis pour vous, j’ai fait c’ que j’ai pu. Ça m’ donne peine, j’ vous l’ dis encore, mais faut qu’ j’y aille de mon histoire. Elle remonte à cinquante ans, y a prescription, mais…