— Vous voyez bien !

— Mais quelles affaires ? fis-je, éberlué.

— Voyons ! Toujours les mêmes : les affaires de mon mari.

Cela me déconcerta : les affaires d’Héronde, les affaires de cet aliéné, qu’il avait laissées dans un si effroyable état !

— Oui, dit-elle… J’ai continué à signer, à signer tout ce qu’on me demandait. Mais c’était si compliqué, la situation de ce pauvre monsieur Héronde, qu’au bout de la deuxième année de guerre, la liquidation n’était pas encore terminée… Du reste, les tribunaux ne marchaient plus, ou si lentement ! Il paraît que c’est un bonheur, un grand bonheur ! Et alors, vous savez, ces bois qu’il avait achetés ? On les a revendus un prix, un prix ! Et les prés, et les animaux, et les écuries, et tout ! Et pendant ce temps-là, les cuirs, puisque la maison marchait toujours. On a payé tous les créanciers, on a levé toutes les hypothèques, on a désintéressé tout le monde, je signais, je signais… et il est resté une fortune, mon ami, une très grosse fortune. Toutes les bêtises que mon mari avait faites, c’était devenu des traits de génie. On prétend qu’il était fou : peut-être qu’il avait du génie — ou que j’en ai.

— Pourquoi pas, mon Dieu !

— Jusqu’aux paires de bottines, les trois cents paires d’Héronde, jusqu’à la garde-robe, les bijoux, les tableaux. Il y en avait pour de l’argent, vous savez ! Et tout a monté…

— C’est fort bien, je vous félicite, mais écoutez : j’ai comme l’impression que nous arrivons aux vaches maigres. Si vous vous retiriez.

— De quoi ?

— Des affaires. Il en est encore temps.