Elle me regarda d’un air de profond mépris. Je persiste à nourrir des inquiétudes sur l’avenir de Mme Héronde.

LE RETOUR

L’homme regarda le secrétaire du syndicat, et lui dit :

— J’ vous r’mercie, monsieur…

— Ici, on s’appelle camarade, fit le secrétaire.

Alors l’homme s’excusa, comme s’il avait manqué par ignorance à un devoir de politesse, et prononça le mot égalitaire, qu’on réclamait de lui, de la même manière qu’il eût dit : « mon lieutenant ». Il était né pour servir, et ça se voyait. Il avait un cerveau et un cœur faits pour ça, avec des membres vigoureux et maladroits, un grand corps sec et mal tourné, des yeux bleus qui avaient dû être très tendres et qui étaient restés plus jeunes que tout le reste, quoiqu’ils fussent ternis maintenant comme une glace qui aurait attendu trop d’années chez le marchand. Il répéta :

— J’ vous d’mande pardon, camarade, mais j’ peux pas rester là où qu’ je suis. Il m’faut une aut’ place. Voilà.

Le secrétaire le regarda plus attentivement. L’homme, d’après les registres du syndicat s’appelait Harrier (Auguste-Louis), né à Miville, Luxembourg, avait fait deux congés dans la Légion étrangère, puis était venu à Paris comme garçon de chambre dans les hôtels garnis. Il payait bien ses cotisations, c’était « un bon syndiqué ». Sa figure, sa déférence même, tout dans son aspect faisait prévoir qu’il serait fidèle en cas de grève, soldat discipliné de l’armée ouvrière. On devait s’occuper de lui.

— La maison est mauvaise ? interrogea-t-il. On ne vous paye pas, vous êtes mal nourri ? quoi ?