Harrier haussa les épaules, mais ses pauvres yeux prirent une expression d’angoisse indicible.
— Non, dit-il. C’est… c’est la patronne, Mme Lemont, qui veut se mettre avec moi.
Le secrétaire était lui-même du métier, il avait été garçon de « meublé », mais la fréquentation des parlottes, l’habitude de la tribune, le rudiment d’éducation qu’il s’était donné, l’avaient déjà éloigné du milieu dont il sortait. Et puis, on est Parisien ! Il se mit à rire.
— Fichtre ! dit-il. Alors elle vous fait peur, Mme Lemont ? Est-ce à cause de son âge, ou de son poids ?
Il pensait en lui-même : « Pour qu’un si pauvre diable, et justement celui-là, se refuse à la veine qui s’offre à lui, il faut qu’elle soit rudement moche, Mme Lemont !
Harrier répondit d’une voix qui trahissait le désir âpre et triste des mâles longtemps sevrés d’amour :
— C’est une personne très bien. Y a rien à dire contre : elle est très bien.
— Alors, dit le secrétaire, vous avez peur d’une histoire : il y a un mari, un amant ?
— Elle est veuve, répliqua l’homme, et c’est moi qu’elle veut ; pas un autre.
Le secrétaire n’interrogea plus, parce qu’il ne trouvait pas de questions dans son esprit. Il était dérouté. Mais Harrier fut saisi par le silence même. Il eut peur d’être impoli en ne parlant pas.