Le greffier n’était point présent. On n’avait pas cru avoir besoin de ses services : il fallut l’aller chercher, ce qui prit un certain temps.
William Plattner débuta par une longue prière, qui fut écoutée respectueusement. Et enfin :
— Dès l’âge de dix ans… fit-il.
— Pardon ! interrompit l’attorney général. Ce n’est pas à cette date que remontent les faits qui vous ont valu votre condamnation !
— Je le reconnais, admit doucement Plattner, mais je suis maintenant un témoin dans ma propre cause : je dois donc être écouté sans qu’on m’interrompe ni qu’on cherche à me détourner de ce que je vais dire ; et d’ailleurs ne vous intéressez-vous point aux théories de M. Freud : il paraît que nous demeurons de toute notre vie l’enfant de notre enfance…
Il continua donc, et le récit de son enfance, encore qu’il y dénonçât de mauvais instincts, fut harmonieux et poétique. Par moments il s’arrêtait, disant au greffier : « Vous me suivez bien, n’est-ce pas ? J’entends que mes paroles soient enregistrées exactement… Veuillez relire ! » Il suggérait alors des corrections. Il confessa ensuite, abondamment, et avec un grand repentir, quelques erreurs de jeunesse.
— J’arrive enfin, dit-il, au havre où crut pouvoir se réfugier mon âme inquiète et douloureuse : mon mariage !
A ce moment il était une heure et demie. Le chapelain montra des signes de faiblesse ; d’un commun accord, il fut décidé que le reste des communications de Plattner ne perdrait rien à être remis après le luncheon.
Plattner déjeuna lui-même confortablement. Vers trois heures, la séance fut reprise. A huit heures du soir il n’avait pas encore terminé le récit fort touchant de ses fiançailles. L’attorney général rédigea une note pour la presse, afin d’annoncer que, le condamné étant entré dans la voie des aveux, l’exécution avait été ajournée au lendemain.