Le colonel rougit. Il se rappela son mensonge, il le jugea saugrenu, il en éprouva une amère confusion.
— J… fit-il.
Mme de Toussuges ne le laissa pas continuer. Puisque sans doute il n’avait pas entendu, il fallait lui épargner la peine d’une réplique difficile. Elle eut des phrases abondantes.
— Les manœuvres sont dures, dit-elle, mais on affirme qu’elles ont fait le plus grand honneur à vos hommes et à leurs chefs. Le pays est accidenté, il est rude aux cavaliers, coupé de haies et de murs en pierres sèches. Mais l’hospitalité des habitants devait, elle en était certaine, diminuer dans une large mesure la fatigue des troupes. Belle région, d’ailleurs, fertile et peuplée.
— Je… dit le colonel, étourdi.
Mais elle poursuivait, admirant elle-même le flux aisé de son éloquence :
— Ce château était bien modeste. Cependant son plan, dû à l’architecte Carpentier, restait harmonieux. Il avait été construit, vers 1740, pour un arrière-grand-oncle de M. de Toussuges. Plus tard, on avait transformé les pelouses et les boulingrins en jardin anglais. Mais qu’était cette petite habitation d’un pauvre gentilhomme, à côté du château de Sercey, racheté maintenant par Foucart, malheureusement, Foucart, un marchand de souliers !
— Fouc… essaya de placer le colonel.
— Oui, Foucart. Je crois que votre général loge chez lui… Quel regret pour moi, vraiment, de ne pas vous avoir à dîner !
Elle se leva. Le colonel Hersac lui baisa la main et s’en fut, interdit, muet cette fois, et furieux dans son cœur. Il alla retrouver, à l’auberge du Cheval Blanc, le mess des officiers supérieurs. Mais il omit d’y conter sa mésaventure.