Quand Mme Mouvenot annonça à son mari que sa mère consentait à venir s’installer chez eux, celui-ci fit tout de suite :

— Ah ! tant mieux !

Il allait ajouter : « Elle est charmante ! » Mais, réfléchissant que sa femme lui dirait : « Tu la préfères à moi, tu me compares à elle ! » il s’arrêta, par prudence. Au fond, ce n’était pas lui qui aimait les scènes. Cependant sa femme éprouva, de ces deux seuls petits mots, une impression bizarre, et regarda longuement son mari.

Mme de Marconne s’établit au centre du jeune ménage, si l’on peut dire, avec simplicité. Du divorce, elle n’ouvrit pas la bouche. Mais le lendemain, vers cinq heures, comme Thérèse se préparait à sortir, sa mère lui dit :

— « Je t’accompagne. Tu vas chez ta couturière, ou dans les magasins, ou faire des visites : je suis curieuse de revoir tout cela. »

Thérèse n’osa point protester. Il en fut ainsi tous les jours et toutes les semaines suivantes. Thérèse fut alors l’objet des récriminations d’un homme qu’elle jugeait fort agréable, mais à vrai dire ne les connut point : ces récriminations s’entassèrent, bureau restant, à la poste, où elle n’osait passer, sa mère la suivant partout. M. de Breuil, là-dessus, risqua une visite à son amie. Il parut fort décontenancé : Mme de Marconne fut présente à leur entretien. Thérèse trouva pourtant moyen de lui écrire ; c’était pour lui dire qu’il fallait attendre, elle ne pouvait dire combien de temps. Il prit cela comme un adieu ; au reste, il n’aimait point les complications.

Cependant, la vie coulait sans heurts, et nulle discussion pénible. Les époux se surveillaient, chacun d’eux ne voulant manifester, devant témoin, rien autre chose que de l’égalité d’humeur. Du reste, Mme de Marconne était, sans en avoir l’air, d’une incroyable adresse pour découvrir des sujets de conversation de tout repos, et qui n’étaient point sans agrément. Elle imagina aussi de se faire promener au théâtre et au cabaret ; le ménage reprit l’habitude de la vie commune. Ainsi Mme de Marconne mettait dans son tort une vieille chanson qui n’est point encore oubliée : cela marchait beaucoup mieux depuis qu’un tiers était présent. Émilien, qui ne manquait pas de l’esprit d’observation, ne fut pas sans un peu s’en apercevoir. Il lui arriva de chanter, à l’un des rares moments où il se trouvait seul :

Mais quand on est trois,

Quand on est trois,

Mamzell’ Thérèse…