Josette tourna dans la rue Geoffroy-Marie, et franchit le porche d’une vieille maison. La concierge lui dit poliment :

— Bonjour, madame Faussurier.

Cela lui fit plaisir. Puisqu’elle s’était mise avec Faussurier, qui est maintenant marchand de billets de théâtre, après avoir été garçon de café, c’est bien le moins qu’on lui donne ce nom-là ; il n’y a que les personnes qu’elle reçoit dans la journée qui lui donnent le nom de Josette. Mais dans le quartier, on l’appelle Mme Faussurier ; c’est une dame très bien qui paye son terme au jour dit, et les fournisseurs comptant. Personne n’a rien à lui dire. Elle rendit le salut, d’un air affable, mais passa, malgré qu’elle aime la conversation. Elle pensait à Faussurier, qui tient à déjeuner à l’heure. La concierge, qui donnait un coup de balai sous les myrtes qui sont dans la cour, l’arrêta cependant d’un mot :

— Il n’en mange pourtant pas, des carottes, vot’ cabot ! C’est gentil de sa part, de les porter.

Josette se retourna, très surprise.

— Ah bien, cria-t-elle, c’est trop fort !

Albert tenait sa botte délicatement, ayant bien soin de n’y pas entrer les crocs ; mais tous les poils de son dos reluisaient de satisfaction sous les poils de sa queue en panache.

Josette songea tout à coup que trois carottes, c’est tout de même bon pour le pot-au-feu, et répondit évasivement :

— Ces caniches, si on se mettait le derrière dans leur gueule, ça vous monterait jusqu’au cinquième. C’est leur sang qui veut ça.

Mais quand elle eut retrouvé M. Faussurier, qui fumait tranquillement une cigarette dans son lit, elle lui annonça l’événement d’une voix ardente :