Il dit cela parce qu’il préférait mourir de la sorte que d’être pendu.
Mais Kassim lui expliqua qu’on se contentait de confisquer ses biens, et que la justice du peuple lui faisait grâce de la vie. On lui permettait de quitter librement le sol de la patrie pour se rendre en Occident, accompagné de sa femme légitime et d’une seule servante noire. Haydar respira. C’était un véritable Ottoman, il n’avait jamais visité les pays qui sont à l’ouest de la terre ; mais il savait qu’on n’y assassine plus, les révolutions ne se passant qu’en bavardages ; et on lui avait dit que Paris était accueillant aux étrangers.
Cependant Kassim et Mohammed demeurèrent immobiles, et derrière eux il y avait des soldats. Haydar craignit alors que, pitoyablement, ils n’eussent commis un mensonge et ne fussent venus pour l’assassiner.
— Rassure-toi, dit encore Mohammed-Riza. Seulement nous devons faire dans ta demeure les perquisitions d’usage. Dis à tes femmes de se voiler et de passer dans les jardins. Même le haremlik doit être ouvert aux recherches de la nation.
— Inchallah ! répondit Haydar, c’était déjà comme ça du temps que j’étais chef de la septième police. Ces usages sont excellents, qu’il soit fait à votre désir.
Tout Ottoman, depuis des siècles, a coutume de cacher dans un coin de sa maison, sous une pierre de l’âtre ou dans la muraille, une somme qui varie selon sa fortune, et qui doit lui permettre de subvenir à ses premiers besoins s’il est forcé de fuir. C’était ce trésor qu’on cherchait à lui ravir. Les soldats sondèrent les murs à coups de crosse. Ils avaient des mâchoires lourdes, des mains énormes et de tout petits yeux sans méchanceté. On brisa les lourds bahuts incrustés de nacre, et dans les jardins les pioches et les pelles trouèrent de longues fosses, qui se croisaient. Enfin, derrière les cuisines, au fond d’un bûcher, Mohammed et Kassim découvrirent mille pièces d’or dans un coffre d’acier. Alors ils se retirèrent.
— C’était la volonté d’Allah ! dit Haydar.
Mais le soir, quand tous ses eunuques, ses esclaves et ses femmes l’eurent quitté, sauf Léila-Hanoum et la négresse Kadidjé, il alla visiter avec elles les racines d’un vieux pêcher. Le vent faisait tomber sur leur dos des pétales qui semblaient brocher de rose le caftan jaune d’Haydar et les voiles de soie noire qui vêtaient Léila. Haydar déterra trois ou quatre sacs assez lourds.
— L’autre cachette, dit-il, fier de sa sagesse, je l’avais faite pour qu’elle fût trouvée. Ils n’ont pas vu celle-ci : cinq mille pièces d’or !