Ayant dit cela, comme le mensonge qu’il venait de proférer l’épouvantait, il gémit plus fort. Mais voici : tous les chameaux s’agenouillèrent, et tous les caravaniers déjambèrent leurs selles.
— Un saint homme ? Et nous ne porterions pas, nous aussi, notre pierre sur sa tombe !
Donc ils allèrent chercher des blocs de granit et de grès, les plus lourds qu’ils purent ; et bientôt, sur la face du sol aride, le lieu de la sépulture monta comme une pyramide. Cependant l’un des voyageurs dit à Nasr’eddine :
— Un saint homme, vraiment ?
— Oui, cria Nasr’eddine effrayé, croyant qu’il en doutait, le plus saint des saints, je t’assure ! Toutes les bénédictions étaient sur lui.
— Alors, dit l’homme en méditant, son tombeau doit faire des miracles… et nous avons ici un pauvre compagnon qui devient aveugle.
On amena le malade devant Nasr’eddine. Ses yeux brûlés par la poussière, le vent et le soleil étaient tout purulents, et il souhaitait si fort de guérir qu’il avait l’air, devant ce sépulcre qu’il croyait bénit, d’un affamé devant une table couverte de viandes.
— C’est toi qui étais le disciple du saint, dit-on à Nasr’eddine. Tu connais donc les prières qu’il récitait ?
— Moi ? fit Nasr’eddine, épouvanté.
— Allons, allons, dis les prières !