Et Nasr’eddine fit comme on lui commandait, et aussi comme il avait vu faire à son maître le prieur. Il ne savait pas les paroles, mais il médita profondément, et par trois fois souffla sur les paupières du malade.

— Il n’arrivera rien, pensait-il, et ces hommes supposeront seulement que le disciple n’est pas digne du maître ; alors ils me laisseront tranquille !

Mais voici que le malade recula de trois pas, mit la main sur ses yeux, puis se prosterna devant le tombeau en criant :

— J’y vois ! Qu’on me lave les yeux avec un peu d’eau, je suis sûr que j’y vois !

Tous les caravaniers s’étaient prosternés à leur tour devant Nasr’eddine. Et ceux qui avaient de l’or lui donnaient de l’or, ceux qui avaient de l’argent, de l’argent ; et tous les autres, selon leurs richesses ou leur commerce, des aromates, des nourritures et des breuvages.

— Nous n’avons pas besoin d’aller plus loin, déclarèrent plusieurs. C’est ici un lieu de pèlerinage et de vénération. Où en pourrait-on trouver de plus auguste ?

Et ils commencèrent d’appeler Nasr’eddine « maître ».

— Reste ici, lui dirent-ils. Nous serons tes disciples et nous construirons un turbé au-dessus de ce tombeau.


Ce fut ainsi que Nasr’eddine devint à son tour prieur d’un grand monastère ; on venait à lui de tous les points du monde, et il continuait de guérir les malades. Il en demeurait tout étonné et restait modeste. Quelquefois il allait solitairement méditer sous le turbé. La tombe était maintenant toute revêtue de faïences bleues allumées d’or, et dans le stuc ajouré des murailles on avait incrusté en arabesques des corindons, des cornalines, des agates et jusqu’à des émeraudes. Alors Nasr’eddine murmurait :