Il s’en fut donc le lendemain au khan où l’on vend les esclaves. Les marchands d’esclaves sont comme les marchands de perles : ils ne montrent pas d’abord leur marchandise. Il faut causer. Il faut dire : « Je la veux comme ci. Je la veux comme ça… » Et le marchand répond : « Nous avons ceci, nous avons cela. »
— Il me faut, dit le hodja, une femme qui ait un bon caractère.
— Ya sidi, fit le marchand, j’en ai une douce comme un sorbet.
— Il faut, continua le hodja, qu’elle s’entende aux soins domestiques.
— Ya sidi, fit le marchand, j’en ai une qui connaît tout l’art des pâtisseries au sésame, au froment, à la farine de maïs, à l’huile, au beurre, au miel. C’est une négresse noire.
— La bénédiction sur ton commerce ! dit Nasr’eddine hésitant. La dame qui a un bon caractère est une négresse ?
— Non pas, répondit le marchand, non pas ! A quoi penses-tu ? Celle qui a un bon caractère est blanche, et la savante dans l’art des pâtes délicieuses est noire. Si tu veux plusieurs qualités, il faut prendre plusieurs femmes. Comment faire autrement, comment faire ?
— Alors, réfléchit le hodja qui n’était pas riche, je me contenterai de la blanche. Combien est-ce ?
— Mille livres turques.
— Hélas ! dit Nasr’eddine, je n’ai jamais eu mille livres. Je ne suis pas un gouverneur de province ; je suis un honnête homme.