Seulement, il y avait des jours, bien des jours, où le bon Youssouf-Zia le faisait attendre ! On est si bien, dans la chaleur du lit, on a tant de vaillance, parfois, au réveil ! Et tandis qu’il se dulcifiait, Rassim l’Entreprenant se morfondait.

— Allons, dehors, paresseux ! Dehors, ô toi qui veux mettre ta pauvre femme sur la paille ! disait Djanine impatiente à son époux très patient.

— Loué soit le Rétributeur ! répondait Youssouf : il n’y a pas d’autre salepji dans le quartier ; donc les amateurs de salep ne m’échapperont point.

Quand Rassim pouvait entrer, Djanine était obligée d’attendre qu’une chaleur bienfaisante lui eût rendu l’empressement qu’elle souhaitait ; et Rassim, gémissant, disait que le froid, bientôt le ferait mourir.

— C’est qu’il n’a pas de concurrent, ce chien de crieur qui est mon mari ! répondait Djanine. S’il avait un concurrent, il n’en prendrait pas tant à son aise.

— Eh bien, dit un jour son ami, j’ai une idée !


Le lendemain, alors que l’aube n’avait même pas blanchi les toits, Youssouf rêva qu’il entendait, dans le lointain, un cri singulier. Il en était à ce moment où le sommeil, n’étant plus une accablante nécessité, devient un voluptueux plaisir ; et voilà que ce plaisir se changeait en cauchemar. Le bruit se rapprochait ; oui, quelqu’un, dans la rue, criait, quelqu’un clamait de toute sa voix :

— Salep, salep ! Salepji, salep !

Djanine réveilla tout à fait son époux.