… Rassim arriva, sans se douter de rien, et, du bout de la rue, commença de crier :

— Salep ! Salepji ! Salep !

— Ah ! c’est toi qui prétends vendre du salep ? dit Youssouf. Et où sont tes tasses, et où est ton vase d’étain, et où est la licence de Son Excellence le préfet de police qui t’autorise à vendre du salep ?

Or, comme Rassim se gardait de répondre, il le battit comme linge au lavoir. Puis, ayant repris sa respiration, comme un âne ; puis, ayant soufflé de nouveau, comme un Allemand, Rassim, qui avait mis son caftan sur ses yeux pour n’être pas reconnu, s’en alla sur sa meilleure jambe. De l’autre, il boitait très fort. Et voilà pour lui.

Alors, Youssouf-Zia, l’âme pacifiée, rentra dans sa demeure.

— C’est toi, mon amour ? dit Djanine, dans l’ombre.

— C’est moi, ton amour, dit Youssouf d’une voix tranquille.


Ce n’était pas cet amour qu’attendait Djanine, mais c’était de l’amour pourtant : Youssouf en profita.

— Ce n’est pas ton heure, Youssouf, dit-elle faiblement, ce n’est pas ton heure.