» C’est pour cette cause, ajouta Chukri, que notre Prophète — qu’il soit glorifié ! — a dit que toutes les fois qu’un croyant s’approche de sa femme, il ajoute un kiosque à la demeure qu’il occupera dans le paradis.

— Il a dit cela ? fit le pauvre Youssouf.

— Il l’a dit. Et agir contrairement à ce qu’il a dit est un péché très noir, qui ne sera point pardonné.

— Qui ne serait point pardonné ? répéta le pauvre Youssouf.

— Qui ne serait point pardonné, quand même on vivrait ensuite une vie dix fois plus longue que celle de l’éléphant.

— Ouallahi ! fit Youssouf. Je n’en savais rien… Le salut sur toi, Hadji !

— Le salut sur toi, Youssouf !

Hadji-Chukri, l’air malin, le regarda qui s’éloignait ; et il s’applaudissait dans son cœur d’avoir su dire ce qu’il voulait dire sans offenser en rien la discrétion. La jeune femme au tcharchaf noir, qui s’était tenue derrière le mur du couvent des derviches, se rapprocha de lui, si souple, si fraîche, si vive dans cette enveloppe sombre et trop large ! Une anguille dans une nasse obscure, ya Allah ! Voilà de quoi elle avait l’air. Et c’était Djanine, la femme de Youssouf.

— Il sait ce qu’il faut qu’il sache, prononça le derviche du bout des lèvres.

— Allah t’a donné la sagesse, saint homme, répondit Djanine. Prends ceci pour les œuvres de ton couvent, et ne tiens pas au dédain, je te prie, la pauvre offrande d’une pauvre femme.