Depuis le matin que le bon Youssouf, crieur de salep, avait rossé Rassim, boucher trop entreprenant, Rassim le Défrisé n’était pas revenu chez Youssouf, crieur de salep, et Djanine avait trouvé que Youssouf, son époux, quand il voulait, pouvait remplacer Rassim avec avantage, avec avantage ! Mais Youssouf ne voulait plus, mais Youssouf mangeait, mais Youssouf sortait, mais Youssouf criait son salep ; et puis il rentrait, et puis il mangeait, et se couchait, et dormait, et telle était sa journée, et telle était sa nuit ; et quand il se levait c’était pour crier son salep, comme s’il n’y avait que salep au monde, et il s’en allait en sa route, et Djanine trouvait que c’était une mauvaise route.
Alors, de sa part, une veuve âgée était allée, avant elle, parler à Hadji-Chukri, et Hadji-Chukri avait dit : « J’entends ce que j’entends, je sais faire ce que je sais faire. » Et voilà l’histoire !
Djanine avait de petits pieds, de petits pieds qui marchaient vite, de petits pieds qui couraient, quand ils allaient au plaisir. Et Youssouf avançait tout doucement, ya Allah ! il méditait : un homme qui médite va doucement.
Il retrouva Djanine qui l’attendait, sans tcharchaf, en caleçons verts diaprés d’où sortait sa taille dans une chemisette translucide et une veste très ouverte. Elle avait un collier d’ambre jaune, un peu plus haut que les seins, et les petites boules claires montaient un peu et glissaient sur sa gorge ronde, parce qu’elle était amoureuse, et que sa gorge bondissait.
Il arriva ce qui arriva. C’est le secret de la foi musulmane.
— … Je crois que ce kiosque était un très beau kiosque, dit Youssouf.
— Un kiosque ? interrogea Djanine d’un air innocent.
— C’est une chose que tu ne sais pas ! dit Youssouf, qui était fier de sa science. Je viens de me construire un kiosque en paradis ; c’est la récompense d’Allah.