Cependant il considérait Zéineb avec des yeux lourds et changés. Silencieusement il agitait ces problèmes, et en présence. Et Zéineb se demandait : « Par Allah ! qu’a donc ce fou ? Il n’est plus le même. Il est à la fois plus patient et plus sévère. »


Or il se trouva que Kenân, après sa conversation avec Nasr’eddine, confia à sa femme Nedjibé :

— Figure-toi, ô charmante ! Ce hodja vient de me demander ceci et de me demander cela. Et pourquoi me pose-t-il des questions sur le divorce ? Il connaît la Loi mieux que je ne la puis connaître…

De sorte que Nedjibé, rencontrant Zéineb à la fontaine, lui dit à son tour :

— Que je te le dise, Zéineb, le hodja ne pense plus à méditer sur les femmes du Paradis. Non ! Il ne parle que de divorce ; c’est divorce qu’il a en tête, c’est divorce et rien que divorce qui est l’objet de ses conversations !

— Qu’il fasse comme il veut, le chien ! répondit Zéineb ; j’ai mieux que lui, et je ne m’en sers pas !

— Je te crois, Zéineb, je te crois ! répondit Nedjibé, tu es bien trop vertueuse !

Du reste elle en pensa ce qu’elle voulut.

— … Mais je m’en servirai, oui, je m’en servirai ! songeait Zéineb en regagnant la demeure de Nasr’eddine. Je m’en servirai mieux encore que je ne m’en suis servie jusqu’à cette heure !